Pourquoi j’ai voté contre la prolongation de l’intervention des forces françaises en Centrafrique

26/02/2014

ors du débat sur l’engagement des forces armées en République centrafricaine le mardi 10 décembre 2013, le Premier ministre nous assurait, je cite : « Le Président de la République l’a dit très clairement : notre intervention sera rapide. Elle n’a pas vocation à durer. »

Nous avons donc envoyé nos troupes en Centrafrique pour des raisons humanitaires que je considérais comme légitimes. Face à un risque génocidaire, nos liens historiques avec ce pays exigeaient que nous ne restions pas les bras croisés.

Aujourd’hui, conformément à l’article 35 de la Constitution, lorsque « la durée de l’intervention des forces armées à l’étranger excède quatre mois, le Gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement. » C’est la raison de notre débat du mardi 25 février 2014. Ce débat a été pour moi l’occasion de m’opposer à cette nouvelle autorisation.

Plusieurs raisons me conduisent à une telle décision dont je ne sous-estime pas la gravité. Après deux mois de conflit, de nombreuses interrogations demeurent.

Pourquoi nous demander une telle autorisation deux mois après le premier débat alors que la Constitution prévoit quatre mois ? Est-ce en raison d’une insuffisance d’effectifs pour une intervention qui devait pourtant être « courte et rapide » ? En quoi un envoi de 400 hommes supplémentaires permettra-t-il de ramener l’ordre ?

Autant de questions restées sans réponses de la part du Gouvernement.

Je suis tout à fait conscient du chaos et du massacre qu’engendrerait un retrait brutal de nos troupes en Centrafrique mais je veux donner un signe au Conseil de sécurité de l’ONU.

Combien de temps resterons-nous seuls à porter des responsabilités militaires en Afrique ? Où sont les renforts européens promis ?

Quels sont les objectifs poursuivis ? Au Mali, nos troupes sont intervenues pour lutter contre le terrorisme islamiste. Mais en Centrafrique la finalité de notre intervention reste floue et je m’interroge sur les moyens dont dispose notre armée quand on sait combien le Gouvernement les a diminués dans la loi de finances et dans la loi de programmation militaire.

Ces réserves ne retirent rien au courage et au professionnalisme de nos soldats sur le terrain, auxquels je veux rendre un hommage appuyé. Hommage appuyé aussi aux soldats décédés en mission mais étant donné les nombreux doutes qui planent sur la justification de cette opération, j’ai décidé de voter, en toute responsabilité, contre l’autorisation de la prolongation de l’intervention des forces françaises en Centrafrique.

Je crains malheureusement que nous nous trouvions dans un piège dont on voit mal comment sortir !

Face au risque humanitaire et de génocide, il est à mon avis illusoire de penser que nous pourrons le prévenir seuls. Et il est faux de dire que des solutions alternatives à un accroissement massif et durable de la présence militaire française n’existent pas. Au contraire : seul un changement clair de stratégie permettra de prévenir ce risque. Notre opération essentiellement militaire et nationale doit devenir dans les semaines qui viennent une opération de sécurité, civile, humanitaire et internationale.

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