Cosignature de la tribune de Bruno Le Maire relative au projet de loi d’avenir pour l’agriculture

06/01/2014

Agriculture : pas de nouvelle loi, des décisions.

Lettre ouverte au Premier ministre

Monsieur le Premier ministre, sur votre proposition, nous entamons
cette semaine l’examen d’un nouveau texte de loi sur l’agriculture.
Répond-il aux attentes concrètes des centaines de milliers de paysans
français confrontés à une compétition européenne et internationale de
plus en plus rude ? Non. Est-il utile ? Non. Est-il nécessaire ? Encore
moins. Nous allons siéger une semaine pour rien, au détriment des
décisions courageuses qui sont désormais attendues par le monde
agricole.

Ce texte de loi est une nouvelle illustration de la méthode de votre
gouvernement : de grandes déclarations de principe, plutôt que des
engagements concrets qui permettraient réellement de changer les
choses et de soutenir les producteurs agricoles ou industriels.

Ce texte de loi est un écran de fumée qui masque le vide total de
politique agricole du gouvernement. Il ne palliera pas la faiblesse de
votre ministre de l’Agriculture, qui semble se préoccuper davantage
du Parti Socialiste que de l’avenir des paysans français.

Alors monsieur le Premier ministre, plutôt que de persister dans cette
voie, nous vous demandons de prendre sans délai les décisions
attendues par le monde agricole. Elles ne sont pas révolutionnaires,
elles sont simplement de bon sens. Elles demandent juste du courage.
Elles soutiendront des agriculteurs qui luttent sans relâche pour leur
avenir et celui d’un secteur stratégique qui fait la force et la fierté de la
France.

Monsieur le Premier ministre, nous vous demandons de veiller à ce
que toutes les normes environnementales adoptées en France
correspondent strictement aux textes européens, ni plus, ni moins,
sans chercher à les anticiper ou à les durcir sur le plan national : notre
agriculture ne peut plus subir des distorsions de concurrence.

Nous vous demandons de simplifier radicalement le droit des
installations classées, afin de favoriser leur regroupement rapide et
soutenir ainsi le démarrage des jeunes agriculteurs dans leur vie
active. Au nom de quoi faudrait-il 2 ans en France pour obtenir une
autorisation de regroupement de deux installations, qui simplifiera
leur mise aux normes et donc leur modernité, contre 6 mois en
Allemagne ? En publiant le décret prévu à cet effet par la précédente
majorité le 31 décembre dernier, vous avez avancé dans cette
direction. Il faut maintenant aller plus loin.

Monsieur le Premier ministre, nous vous demandons de veiller à ce
que vos administrations simplifient la vie des producteurs, au lieu de
la compliquer. Nos paysans ne supportent plus d’être des suspects
permanents aux yeux de certaines administrations, alors qu’ils
devraient être encouragés dans leur travail.

Nous vous demandons de rétablir la baisse des charges dans le secteur
agricole, qui avait été mise en place par le précédent gouvernement, et
que vous avez supprimée sans raison.

Nous vous demandons de soutenir la mise en place de la
contractualisation dans le secteur laitier, qui est la seule réponse à la
fin des quotas et à la concurrence européenne farouche qui en
résultera. Nous vous demandons de veiller au bon équilibre entre
producteurs, distributeurs et industriels.

Monsieur le Premier ministre, vous serez aussi responsable de l’issue
des négociations commerciales en cours entre l’Union européenne et
les Etats-Unis. Nous n’oublions pas que le commerce international fait
la force de notre agriculture en particulier dans le secteur viticole,
mais nous sommes inquiets à l’idée que l’agriculture ne soit la variable
d’ajustement de ces négociations. Comment se fait-il que le Parlement
français ne soit pas informé du contenu de ces négociations ? Nous
vous demandons un débat public sur ce sujet.

Monsieur le Premier ministre, nous ne pouvons pas imaginer que vous
n’ayez à coeur, comme nous, de défendre sans relâche notre
agriculture. Alors donnez-lui les moyens de se battre à armes égales
avec ses concurrents. Assez de lois. Des décisions.

 

Tribune du Figaro (08.01.2014)

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